INTERVIEW DE françois dony et fabien predeau, employeur et tuteur de bilal, APPRENTI en bac pro systèmes numériques option ARED

Envie est une entreprise d’insertion en statut associatif. Notre ADN est d’accompagner des personnes en difficultés professionnelles et sociales.
Notre équipe est composée de 55 salariés : 14 encadrants et 40 personnes accompagnées dans le cadre du parcours d’insertion par l’activité économique (IAE).
Les personnes accompagnées sont issues de prescriptions réalisées par les institutions, par les collectivités territoriales et locales. Ce sont souvent des bénéficiaires des minimas sociaux (RSA, ASS, personnes avec une reconnaissance « travailleur handicapé », chômage de longue durée.) Nous allons les accueillir sur un parcours de 24 mois maximum durant lesquels nous allons travailler sur les questions de l’emploi mais aussi sur la mobilité, le logement….
Pour gérer cet accompagnement spécifique, notre équipe est composée de deux chargés d’accompagnement social et professionnel, titulaires du diplôme de « chargé d’insertion professionnelle.»
L’activité économique de l’entreprise est de collecter, rénover et revendre des appareils réemployés avec une garantie de 2 ans comme dans les grandes surfaces. Le projet économique permet de financer le projet social et donc d’accompagner les personnes qui en ont besoin.
Notre entreprise collecte environ 1600 tonnes d’appareils électroménagers dont 25 % sont rénovés et revendus chaque année.
Nous avons actuellement 5 apprentis sur différents postes dans notre entreprise.

François DONY, directeur ENVIE Orléans :

Pourquoi avez-vous recruté une personne en apprentissage ?

Envie est une entreprise « apprenante ». En effet, dans le parcours d’accompagnement et d’insertion mis en place, nous avons pour habitude de former des personnes avec des profils très variés mais souvent plus âgées que les personnes en apprentissage, qui elles ont moins de 30 ans.
Notre idée est donc de travailler avec des personnes plus jeunes qui seront les salariés, les agents de maîtrise et les cadres qui composeront notre entreprise demain. Il est essentiel de les inscrire dans un cursus de formation en centre de formation mais aussi en entreprise.
De plus, nous avons de vraies difficultés pour trouver des techniciens dans le secteur de la réparation et la rénovation d’appareils électroménagers. Nous devons donc les former nous-même pour les recruter après obtention du diplôme.

"Nous voulons nous donner les moyens de bien former pour répondre à notre besoin en compétences et pour faire fonctionner notre entreprise"

Quel a été l'élément déclencheur du recrutement ?

Tout d'abord, nous avons avons de réels besoins de recrutement de personnes formées sur ce métier de technicien réparateur en électroménager car il y a une vraie pénurie.
La rencontre avec Bilal nous a permis de réaliser ce projet. En effet, nous accompagnions déjà Bilal sur un stage en entreprise lors de sa formation en CAP. Il  a évoqué son projet de poursuivre une formation en BAC PRO Systèmes Numériques option Audiovisuels, Réseau et Equipements Domestiques (ARED) et il nous a fait connaître la formation proposée par le CFA Orléans Métropole.
Lors de son stage, nous avons pu constater qu’il était très investi et demandeur. Nous avons donc été d'accord pour le recruter par apprentissage et c’est lui qui a fait les démarches pour s’inscrire au CFA.

Quelle est la philosophie de votre entreprise en matière de formation des jeunes ?

Pour nous, la formation est essentielle. De plus, le fait d’être accompagné par un CFA est également important car il est garant d’un parcours cohérent et d’un travail de fond.
Depuis toujours, nous recevons régulièrement des jeunes en stage mais il faut savoir que cela demande beaucoup d’engagement vis-à-vis du stagiaire. Il lui faut un cadre, une personne pour bien l'accompagner et nous prenons à cœur cet accompagnement. Par exemple, si je vois que personne n’est vraiment disponible pour cet accompagnement je préfère refuser de recevoir un stagiaire.

Aviez-vous des craintes, des inquiétudes avant de vous lancer dans cette expérience ?

Non car nous avions bien travaillé en amont sur le projet avec Fabien, le tuteur de Bilal et notamment sur le profil de personne correspondant à ce poste, mais aussi sur le besoin et la réponse à apporter sur le long terme. Nous voulons nous donner les moyens de bien former pour répondre à notre besoin en compétences et pour faire fonctionner notre entreprise. Tout cela s’inscrit donc dans un parcours cohérent de formation suivi d'une embauche avec la possibilité de monter en compétences, en interne.
L’apprentissage est une voie de formation essentielle et un vecteur de transformation de l’emploi important. Rien ne vaut le terrain pour expérimenter, être assuré de son choix professionnel et maîtriser son métier pour en devenir un expert.

Quelles sont vos attentes vis-à-vis de votre apprenti ?

J'attends de Bilal qu’il soit efficace car mettons à sa disposition tout ce qu’il lui faut pour réussir : un très bon tuteur, un accompagnement dans notre entreprise ainsi qu'une formation au CFA. Nous ne sommes pas inquiets car nous sentons vraiment qu’il s’investit et respecte l'engagement pris envers nous : s’investir dans sa formation et en entreprise.

Pouvez-vous citer des avantages à recruter par apprentissage ?

  • Apporter à un jeune ayant peu d’expérience toutes nos valeurs, notre culture d’entreprise et de vie: tout ce qu’il faut pour être un bon salarié demain.
  • Lors du recrutement, nous nous rendons compte que nous avons la possibilité de choisir le bon candidat et donc le profil qui conviendra le mieux à notre entreprise. En effet, une entreprise ne fonctionne bien qu'avec de « bons » salariés, qui correspondent à nos valeurs… 
  • Le champ des possibles est assez large car inscrire un jeune dans un cursus de formation de 3 ans nous donne l’opportunité de l’accompagner sur le long terme, de le voir évoluer et d’envisager de mettre ses compétences au service de notre entreprise, notamment s’il souhaite continuer poursuivre vers une formation en BTS ou autre. Nous voyons également Bilal grandir : nous avons accueilli un adolescent et là, il vient de passer son permis... Nous allons le voir évoluer jusqu’à l’âge adulte !
  • Pour finir, je pense que cette immersion dans le domaine professionnel apporte à Bilal un sens des responsabilités qu’il n’aurait pas forcément dans un cursus scolaire initial. Dans l’entreprise il voit bien que c’est «donnant-donnant » : c’est le principe de réciprocité et il a des droits et des devoirs.

Quelques mots pour résumer cette expérience en tant qu'employeur ?

Les jeunes d’aujourd’hui sont les décisionnaires de demain : il est donc important de leur donner la "valeur travail" que nous-même avons eu la chance d’acquérir tout au long de notre carrière professionnelle.

Fabien predeau, tuteur de bilal :

Comment êtes-vous devenu le tuteur de Bilal ?

Disons que ça a coulé de source : Bilal avait effectué deux périodes de stage en atelier en ma compagnie. Lorsqu’il a évoqué son projet de poursuites d’études en BAC PRO SN ARED par apprentissage et que la direction a validé le projet, j’ai accepté d’être son tuteur pour les trois années à venir. À savoir,  j’ai l’habitude d’accompagner des stagiaires en BAC PRO SN en formation initiale.

Comment vivez-vous votre rôle de tuteur ? Est-ce valorisant pour vous de transmettre à un apprenti ?

C’est agréable dans le sens où il est possible de découvrir des talents prometteurs et de leur permettre d'avancer dans leur vie professionnelle. Je trouve que l’apprentissage est un pas de géant par rapport à un cursus scolaire initial : les premières années sont souvent difficiles mais l’apprenti.e sera mieux armé.e, dans nos métiers en tous cas.
Je suis vraiment ravi d’accompagner Bilal !

Quelles sont les qualités et compétences pour être un bon tuteur ?

Beaucoup de bienveillance, de patience et d’écoute. En acceptant d’accompagner les personnes en formation, je suis conscient que je suis capable de mobiliser ces compétences. L' accompagnement est au cœur de mon métier car j’accompagne chaque année des personnes en insertion par l’emploi et j'y suis habitué.

Comment s’est passée l'intégration de votre apprenti? 

L’intégration de Bilal s’est surtout faite lors de sa période de stage lorsqu’il était en CAP. Il est arrivé avec son grand sourire et son envie de travailler. Nous nous sommes rendu compte que ça allait "matcher" entre lui et notre entreprise. Nous avons pu voir qu’il était doué de ses mains, ce qui est essentiel pour ce métier. Nous avons vu aussi qu’il avait une capacité à comprendre vite les choses. Petit à petit, comme il est d’un naturel sociable et gentil, il s’est intégré à l’équipe avec tous les salariés, de tous les âges. Aujourd’hui il fait partie intégrante de notre équipe.
Pour le moment, la mission principale de Bilal se passe dans l’atelier de rénovation, au sein du pôle « lavage » et principalement sur les lave-linges à hublot car il s’agit du produit le plus répandu actuellement sur le marché : celui qui est le plus vendu et le plus réparé. Il est en binôme sur le poste en rénovation, parfois je le laisse en autonomie sur des réparations simples, et tout se passe très bien !
À partir de l’année prochaine, il ira sur des produits plus pointus comme le lave-vaisselle, le sèche-linge…
Le matin, il effectue des travaux de rénovation pure sur des machines sélectionnées la veille : l’objectif est de trouver l’origine de la panne. Nous travaillons ensuite ensemble sur la rénovation à effectuer. L’après-midi, nous faisons plus de nettoyage pour les machines à mettre en vente et sélectionnons les machines à réparer le lendemain.

"Je me sens vraiment salarié de mon entreprise, mon intégration a été facilité par mes précédentes périodes de stage. Je me dis que j’ai grandi et que j’ai passé une étape de ma vie."

Le parcours de Bilal, l'apprenti de Fabien :

J’ai été au collège jusqu'en 3ème et j'ai ensuite intégré un CAP Electricité en 2 ans au lycée professionnel de Sainte-Croix-Saint-Euverte en formation initiale. Je n’ai pas validé mon CAP mais j’ai pu passer en Seconde Systèmes Numériques option ARED au CFA Orléans Métropole grâce aux connaissances techniques acquises lors de mon CAP.
J'ai souhaité intégrer cette formation pour me spécialiser dans la réparation d'appareils électroménagers. J’aime le travail manuel et j’apprécie de démonter des appareils et devoir les remonter après.
De plus, la formation étant en apprentissage, elle me permet d'alterner période de formation au CFA puis en entreprise et cela me rassure. Je me sens bien dans l'établissement et mon intégration s'est bien passée.
J’aime travailler, j’apprécie d'être indépendant grâce à mon salaire. Je me sens vraiment salarié de mon entreprise : mon intégration a été facilité par mes précédentes périodes de stage. Je me dis que j’ai grandi et que j’ai passé une étape de ma vie.

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